Feeling at home
16/07/08 18:14 Filed in: Comment je vous raconte ma vie
Ce que je préfère dans les beaux jours à Caen, c’est de pouvoir m’installer sur mon balcon.
Quand j’ai découvert l’appartement pour la première fois, je n’ai vu que trois choses: la cheminée, les poutres apparentes et le balcon.
Mine de rien, ce tout petit morceau d’extérieur fort étroit représente beaucoup. C’est mon domaine. Cher et Tendre n’y va que très rarement. Il y a juste la place pour mes plantes, ma mini-table de jardin et deux chaises. Pour y prendre le thé, il faut ouvrir la porte fenêtre et se glisser sur la chaise. Si on veut aller de l’autre côté de la table, il faut rentrer dans l’appartement, ouvrir l’autre fenêtre et ressortir.
Ma mère a coutume de dire que notre appartement contient en miniature tout ce qui fait une maison chaleureuse. Je trouve qu’elle a raison et je pense que c’est pour cela qu’ici, dans ces quelques 30 m2 balcon compris, je me sens chez moi.
C’était notre premier endroit rien qu’à nous. Cela compte énormément. Et quand je suis assise dehors, à la merci des pigeons et des hirondelles, je me dis que quand nous partirons, nous regretterons cet appartement. Pas pour l’interphone qui ne marche plus vraiment, pas pour le double-vitrage qui a 40 ans, ni pour la fenêtre de la cuisine qui tombe lentement mais sûrement en morceaux; mais parce que quand nous prenons un verre le soir sur le balcon, que le soleil se couche derrière les toits et que la pierre blanche des maisons s’illumine d’un éclat doré, que les hirondelles jouent au-dessus de nos têtes, cet endroit est merveilleux.
Pour aimer notre rue, il ne faut pas la voir au ras du sol. Il faut prendre de la hauteur. Au troisième étage, là où nous sommes, tout change. On voit les façades de guingois des maisons, les fenêtres minuscules et difformes, les lucarnes qui percent les toits biscornus. Toute cette architecture ancienne et délirante qui défie les lois de la gravité. Parmi les forêts de cheminées et d’antennes de télévision, des plantes ont poussé, parfois même de petits arbustes. Quand nous sommes arrivés ici, un pommier avait élu domicile dans l’écoulement d’eau du balcon. La vie dans les hauteurs urbaines a quelque chose de sauvage malgré tout.
De là où je suis installée, je vois deux des anges de pierre, défigurés par les ans, qui regardent tranquillement dans le vague. Je vois une des flêches de la basilique St Etienne qui se profile au loin. Et ce paysage là m’appartient. Pas de touriste au milieu, pas de terrasse de bar, juste ce que j’aime de cette ville.
Plus tard, quand je serai vieille, quand j’aurai vu beaucoup d’autres appartements, je pourrai toujours dire que quand j’étais jeune, je m’installais pour écrire sur mon balcon, en tête à tête avec un ange de pierre.
Et ça, ce sera la grande classe.
Quand j’ai découvert l’appartement pour la première fois, je n’ai vu que trois choses: la cheminée, les poutres apparentes et le balcon.
Mine de rien, ce tout petit morceau d’extérieur fort étroit représente beaucoup. C’est mon domaine. Cher et Tendre n’y va que très rarement. Il y a juste la place pour mes plantes, ma mini-table de jardin et deux chaises. Pour y prendre le thé, il faut ouvrir la porte fenêtre et se glisser sur la chaise. Si on veut aller de l’autre côté de la table, il faut rentrer dans l’appartement, ouvrir l’autre fenêtre et ressortir.
Ma mère a coutume de dire que notre appartement contient en miniature tout ce qui fait une maison chaleureuse. Je trouve qu’elle a raison et je pense que c’est pour cela qu’ici, dans ces quelques 30 m2 balcon compris, je me sens chez moi.
C’était notre premier endroit rien qu’à nous. Cela compte énormément. Et quand je suis assise dehors, à la merci des pigeons et des hirondelles, je me dis que quand nous partirons, nous regretterons cet appartement. Pas pour l’interphone qui ne marche plus vraiment, pas pour le double-vitrage qui a 40 ans, ni pour la fenêtre de la cuisine qui tombe lentement mais sûrement en morceaux; mais parce que quand nous prenons un verre le soir sur le balcon, que le soleil se couche derrière les toits et que la pierre blanche des maisons s’illumine d’un éclat doré, que les hirondelles jouent au-dessus de nos têtes, cet endroit est merveilleux.
Pour aimer notre rue, il ne faut pas la voir au ras du sol. Il faut prendre de la hauteur. Au troisième étage, là où nous sommes, tout change. On voit les façades de guingois des maisons, les fenêtres minuscules et difformes, les lucarnes qui percent les toits biscornus. Toute cette architecture ancienne et délirante qui défie les lois de la gravité. Parmi les forêts de cheminées et d’antennes de télévision, des plantes ont poussé, parfois même de petits arbustes. Quand nous sommes arrivés ici, un pommier avait élu domicile dans l’écoulement d’eau du balcon. La vie dans les hauteurs urbaines a quelque chose de sauvage malgré tout.
De là où je suis installée, je vois deux des anges de pierre, défigurés par les ans, qui regardent tranquillement dans le vague. Je vois une des flêches de la basilique St Etienne qui se profile au loin. Et ce paysage là m’appartient. Pas de touriste au milieu, pas de terrasse de bar, juste ce que j’aime de cette ville.
Plus tard, quand je serai vieille, quand j’aurai vu beaucoup d’autres appartements, je pourrai toujours dire que quand j’étais jeune, je m’installais pour écrire sur mon balcon, en tête à tête avec un ange de pierre.
Et ça, ce sera la grande classe.
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